Quand vous franchissez le seuil de notre boutique au 36 rue de la Maladrerie, vous êtes entourés de scourtins et d'odeurs de fibre de coco. Mais si vous tendez l'oreille, peut-être entendrez-vous l'écho d'une autre époque. Une époque où Nyons ne jurait que par un "arbre d'or" (le mûrier) et un petit fil précieux : la Soie.
Grâce à des documents d'archives passionnants (notamment une enquête préfectorale de 1807), nous avons reconstitué l'histoire secrète de notre quartier et de nos murs. Voyage dans le temps.
1807 : Nyons, une ruche industrielle
Oubliez l'image d'un petit village rural endormi. Au début du XIXe siècle, Nyons est une ville hyperactive de 2 333 habitants ! Le quartier de la Maladrerie, où nous sommes installés, en est le poumon économique.
Pourquoi ici ? Grâce à l'eau. Si le canal de dérivation qui passe devant la Scourtinerie est aujourd'hui endormi, il était à l'époque la véritable artère vitale du quartier. C'est lui qui alimentait près de vingt roues hydrauliques à travers la ville. C'est cette force motrice qui faisait tourner les machines des soieries et des moulinages. Notre bâtiment a été construit là, précisément, pour capter cette énergie.
La folie du "Brou de Mai"
Ce qui est fascinant, c'est de découvrir comment les Nyonsais avaient adapté la culture de la soie à leur terroir. Pour nourrir les vers, on utilisait bien sûr le mûrier, mais aussi une spécialité locale : la "Pourette", un mûrier nain sauvage idéal pour les jeunes vers.
Et pour l'étape de l'encabanage (quand le ver monte pour faire son cocon), alors que tout le monde utilisait de la bruyère, à Nyons, on utilisait la Cytise des Alpes, appelée ici le "Brou de mai". C'était si important qu'un arrêté municipal en réglementait la coupe dans la montagne de la Garde Grosse !
Vers à soie et Scourtins : L'étonnante cohabitation
L'histoire de notre installation est plus complexe (et plus amusante) qu'un simple déménagement. Si Marie Fert a officiellement acheté la maison en 1917, la famille s'y était installée bien avant, dès la fin du XIXe siècle.
Pendant plusieurs années, une véritable "colocation industrielle" s'est opérée sous notre toit. D'un côté, l'activité de la magnanerie battait son plein avec l'élevage des vers ; de l'autre, la famille Fert commençait à tisser ses premiers scourtins. Les murs ont même vu passer d'autres textiles ! Sous la direction énergique de Marie, une production de draps et de coutils s'est poursuivie ici jusqu'aux années 1940, avant de s'arrêter définitivement.
Un patrimoine vivant
De toutes ces vies, il ne reste aujourd'hui qu'une seule survivante : la Scourtinerie. L'industrie de la soie s'est éteinte, la production de draps a cessé, l'eau du canal s'est retirée, mais les scourtins, eux, sont toujours là.
En 1917, quand Marie Fert signe l'acte de propriété, elle ancre définitivement le destin de ce bâtiment dans la fibre de coco. En nous rendant visite aujourd'hui, vous ne voyez pas seulement une fabrique artisanale. Vous marchez dans les pas des ouvrières de la soie, des tisserands de draps et de 5 générations de Fert qui ont su faire vivre ce lieu unique.
Pour aller plus loin
Cette histoire vous a passionné ? Elle n'est qu'une infime partie de notre épopée ! Pour découvrir tous les secrets de notre maison et des anecdotes inédites, ruez-vous sur le livre :
"La Scourtinerie, une Aventure familiale et artisanale depuis 1882" (ISBN : 979-10-415-6102-5)
Il est disponible directement à la boutique ou sur notre site. Bonne lecture !