C’est sans doute la question que l’on nous pose le plus souvent lorsque l’on accueille des visiteurs à la Scourtinerie !
Derrière ce mot aux sonorités chantantes se cache pourtant un objet très ancien, profondément ancré dans notre terroir et intimement lié à la culture de l’olivier.
Alors, pour percer le mystère, faisons un petit saut dans le temps.
Le scourtin (issu du provençal escourtin ou escouffin) est un filtre tressé circulaire et doté d’un léger rebord. Il est utilisé depuis plus de 3 000 ans pour la fabrication de l’huile d’olive.
Déjà à l’époque des Grecs anciens, ces filtres étaient fabriqués à la main à partir de fibres végétales locales (alfa, sparte, paille…). Ils étaient indispensables dans les moulins à huile traditionnels.
Comment fonctionne un scourtin ?
Le principe est simple et ingénieux :
- Le remplissage : la pâte d’olive, obtenue après broyage des olives, est déposée à l’intérieur du scourtin.
- L’empilement : les scourtins remplis sont empilés les uns sur les autres, formant une colonne sous la presse.
- Le pressage : la pression est exercée sur la pile.
- La filtration : le liquide (mélange d’huile et d’eau) s’écoule à travers le tissage du scourtin, tandis que les résidus solides (le grignon) restent retenus à l’intérieur.
L’innovation de Ferdinand Fert
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les scourtins étaient fabriqués à partir de fibres locales, mais ces matériaux avaient leurs limites : ils s’usaient rapidement, résistaient mal à la pression et pouvaient altérer la qualité de l’huile.
Avec l’arrivée des presses hydrauliques, plus puissantes, il devenait nécessaire de repenser leur fabrication.
C’est dans ce contexte que Ferdinand Fert, fondateur de la Scourtinerie en 1882, a introduit une innovation majeure : l’utilisation de la fibre de noix de coco, plus résistante et plus adaptée aux contraintes du pressage.
Il a également inventé une machine à tisser les scourtins, dont il dépose le brevet en 1892. Cette invention permet de produire des scourtins plus solides, plus réguliers et capables de supporter la pression des moulins modernes.
La fibre de coco, naturellement imputrescible et très résistante à l’écrasement, s’impose alors comme le matériau idéal, assurant une meilleure durabilité et une qualité de filtration optimale.
1956 : une rupture… et une renaissance
L’histoire du scourtin connaît un tournant majeur en 1956.
Cet hiver-là, un gel exceptionnel détruit la quasi-totalité des oliviers de la région de Nyons. Les moulins ferment, et la demande en scourtins chute brutalement.
Pour survivre, la Scourtinerie doit se réinventer.
En observant que les anciens scourtins étaient souvent réutilisés comme paillassons par les habitants, l’idée naît de détourner cet objet agricole vers un usage décoratif.
D’un outil agricole à un objet de décoration
À partir de cette période, le scourtin évolue.
Il devient :
- tapis
- paillasson
- dessous de plat
- objet de décoration
La fibre de coco, naturellement résistante, se prête également très bien à la teinture, permettant de proposer une large palette de couleurs.
Aujourd’hui, le scourtin est à la fois :
- un témoin du patrimoine oléicole
- un objet du quotidien
- un symbole de l’artisanat provençal
Un savoir-faire toujours vivant
Fabriqué depuis plus de 140 ans à Nyons, le scourtin est aujourd’hui encore produit dans les ateliers de la Scourtinerie, dernière fabrique artisanale en France.
Derrière chaque pièce, il y a un geste, une histoire, et une transmission sur cinq générations.





